La grève et le Service minimum

Bordel, Foutoir, Merdier… Autant de termes fleuris pour désigner une journée qui s’annonce mal pour le voyageur aérien… Pourquoi me demanderez vous ? Parce ces *$^*ù£§*ù de contrôleurs aériens sont encore en grève et que les nombreux vols annulés ne vont pas faciliter la vie des gens.

Compte tenu des âneries qui peuplent les articles de presse ou les reportages des journaux télévisés, il me semblait utile de faire un petit descriptif de ce qui se passe dans le cas d’une grève.

Nous ferons abstraction des raisons de la grève, raisons souvent difficiles à appréhender de l’extérieur d’autant que la tendance naturelle serait de juger en fonction du préjudice subi. Donc, nous supposons qu’une raison quelconque pousse une partie de la profession vers un mécontentement croissant au point que la grève est envisagée.

Image de panneau d'affichageLa grève est décidée et à l’appel d’un ou de plusieurs syndicats, un préavis de grève, obligatoire pour que le mouvement soit légal, est déposé.Ce préavis se doit respecter un certain nombre de conditions (délais, etc.).

Dès que le préavis est posé, l’encadrement évalue l’étendue de la grève pour savoir si elle va être suivie. A partir de cette évaluation, plusieurs options existent:

– Ne rien faire: le mouvement ne devrait pas être suivi car, par exemple, il s’agît d’un appel à la grève des grandes centrales syndicales pour un sujet sans rapport avec le travail des contrôleurs.

– Mettre en place le service minimum [1] mais dans sa version souple: l’administration réquisitionne un certain nombre d’agents pour pouvoir rendre un service minimal. Dès le début de la grève et si l’évaluation est correcte, les agents se présentent en masse malgré l’appel à la mobilisation. Les réquisitions sont alors levées et le service reprend quasiment sans incidence. Les compagnies étant prévenues, elles sont en général capables de faire face à quelques perturbations mineures… Il est facile de comprendre que si l’évaluation est mauvaise et que le mouvement est suivi, ça devient rapidement difficile voire ingérable[2].

– Mettre en place le service minimum dans sa version la plus rigide: nous sommes alors dans le cas où l’administration estime que le mouvement va être largement suivi, du moins suffisamment pour que de grosses perturbations soient à craindre. Dans ce cas, des agents sont réquisitionnés et une liste de vols autorisés dressée. Cette liste de vol est déterminée pour limiter au maximum l’impact sur les survols et pour assurer un minimum de liaisons sur la métropole tout en assurant la fameuse continuité territoriale. Dans ce cas, même si le mouvement n’était que peu suivi, l’impact sur le trafic aérien serait lourd et impossible à rattraper[3].

En lisant ces quelques lignes, vous comprendrez que même un service minimum n’est qu’un pis aller coûteux. Ce système d’évaluation d’étendue de la grève permet de gérer au mieux le trafic. Par contre, toute évaluation peut se révéler erronée et provoquer alors de très fortes perturbations sur le trafic comme lors du mouvement des contrôleurs d’Orly le 7 février 2006 qui profitèrent d’un préavis des grandes centrales syndicales contre le Contrat Première Embauche pour manifester leur mécontentement.

Mise à jour (23/10/2012):
Dans les développements depuis l’article, il y a la liste de vol qui n’est plus un impératif malgré sa mention dans le texte de loi mais cette « interprétation » a été confirmée par le tribunal administratif. Le service minimum est aujourd’hui systématique même sur des préavis dont personne n’avait entendu parler avant que ce dernier ne soit mis en place. Il faut dire que quelques ratés dans le passé et un contexte social déplorable depuis quelques années encourage au débrayage et donc à la prudence…

  1. [1]Le service minimum permet grossièrement de faire passer un vol sur deux. 50% des vols ne veut pas dire 50% des passagers. En effet, des lignes assurant la « continuité territoriale » voleront dans ce cadre et ce même s’ils sont quasiment vides alors que des lignes surchargées ne pourront acheminer l’ensemble des passagers à cause des restrictions.
  2. [2]Ingérable ou difficile ne veut pas dire pour autant que ceux qui voyagent se retrouvent en danger mais simplement que les compagnies auront prévenu leurs passagers de perturbations possibles tout en maintenant une majorité de vols. Une grande quantité de ces vols seront finalement annulés avec son cortège de mécontents et une affluence hors norme dans les aérogares.
  3. [3]Les vols annulés préventivement par les compagnies ne peuvent être remis en place au dernier moment, une grande partie des passagers ayant renoncé à leur voyage.

Une réflexion au sujet de « La grève et le Service minimum »

  1. A tous les lecteurs qui tomberaient sur cet article lors de recherches sur une grève en cours, j’aimerais juste rappeler quelques points :
    – Avant de faire référence à Reagan qui avait su mater ces ù*^$^$* de contrôleurs aériens grévistes, rappelez vous que le mouvement était supposé être illégal ce qui avait été le point d’attaque du président américain… En outre, les besoins de personnels qualifiés ont, par la suite, conduit à la réintégration des personnels virés. Pour finir, Reagan a saisi cette occasion pour lancer un vaste programme d’automatisation du contrôle aérien qui n’a jamais abouti mais qui a grevé largement le budget du contrôle aérien américain l’amenant à un état de délabrement non négligeable,
    – Quand vous lisez que les contrôleurs aériens sont en grèves, rappelez vous que la DGAC (à laquelle appartiennent les contrôleurs aériens) comprend 60% de personnels qui ne sont pas contrôleurs et que la grève en question est peut être initiée par ces personnels là, qui, eux aussi peuvent avoir des revendications… Par le passé, il y a déjà eu des « grèves de contrôleurs aériens » avec un taux de gréviste proche de 0…
    – Arrêtez de croire tout ce que la Cour des comptes raconte… Il y a quelques chiffres dans son rapport de début 2010 qui sont des raccourcis dignes des « journaleux » et dont la visée politique n’est pas à négliger.

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