Le 8.33, qu’est ce ?

Depuis maintenant quelques années, les contrôleurs aériens tout comme les pilotes professionnels travaillent avec le 8.33 mais en quoi cela consiste-t-il exactement ?

8.33 pour 8,33 kHz

Le 8.33 (prononcez « huit trente trois ») correspond à une norme introduite il y a quelques années pour récupérer des fréquences supplémentaires, les fréquences s’avérant être des denrées très rares dans notre société très orientée « communication » (WiFi, GSM, 3G, 4G, TNT, RNT, etc…). Il s’agit, ni plus, ni moins, de l’espacement minimal fixé entre deux fréquences pour qu’elle ne se brouille pas.

Les fréquences aéronautiques

Le contrôle aérien et les pilotes communiquent pour l’essentiel en VHF (Very Hight Frequency) correspondant à des fréquences entre 30 et 300 MHz [1] mais seule la plage 108-137 MHz est utilisée en radiophonie. D’autres fréquences sont utilisées comme les UHF, essentiellement pour des échanges avec des avions militaires…

Du fonctionnement initial des fréquences

Au départ, l’espace entre deux fréquences était de 25 kHz ce qui donnait, par exemple, les fréquences :

  • 133,300 MHz,
  • 133,325 MHz,
  • 133,350 MHz,
  • etc…

Au fonctionnement en 8.33 kHz

Si nous reprenons, l’exemple précédent, le passage au 8,33 induit de nouvelles fréquences entre celles qui existaient dans l’ancien référentiel. Nous obtenons :

  • 133,300 MHz,
  • 133,30833 MHz,
  • 133,31666 MHz,
  • 133,325 MHz,
  • 133,33333 MHz,
  • 133,34166 MHz,
  • 133,350 MHz,
  • etc…

Ce nouveau fonctionnement s’avère possible avec l’amélioration des technologies de communication qui permettent d’utiliser un spectre plus étroit de fréquences pour transmettre des signaux. Elle nécessite toutefois une remise à niveau matérielle pour être exploitée.

Le codage par canaux

Il est facile de constater combien la prononciation des fréquences dites 8,33 pourrait s’avérer complexe et source de confusions. D’autre part, il faut aussi distinguer la fréquence 133,3 dans notre exemple selon qu’elle peut être appelée par une radio dite 8.33 ou par une radio « normale ». Pour ce faire, une convention de codage par canaux a été adoptée.

La fréquence 8,33 correspondant à 133,300 a dont été nommée canal 133,305 (qui ne correspond donc plus vraiment à une fréquence mais bien à un canal) . La 133,30833 a été simplifiée en canal 133,310 tandis que la fréquence 133;31666 s’est vue réduite en canal 133,315… Nous retombons ensuite sur la fréquence classique 133,325 qui, à son tour, donne naissance à son équivalent 8,33 : le canal 133,330.

La différenciation entre les modes 8,33 ou classique des anciennes fréquences restent nécessaires pour permettre une identification précise des utilisateurs potentiels.

En effet, une radio approuvée pour le 8,33 pourra contacter n’importe quelle fréquence mais, l’inverse n’est évidemment pas vrai. Dans les faits, une radio classique pourrait parler sur 133,305 (puisque cela correspond à 133,300 MHz) mais elle pourrait brouiller d’autres fréquences puisque sa plage d’émission est large (25 kHz soit 3 fois celle utilisée dans le 8,33).

Cette différenciation n’a lieu d’être que jusqu’à la généralisation des fréquences 8,33 aux espaces inférieurs (en dessous du FL195) qui approche à grand pas.

Pour résumer…

L’adoption du 8,33 a permis d’apporter un volant supplémentaire de fréquences sans pour autant résoudre le manque dans ce domaine. L’espace inférieur avait été « exempté » de cette mesure suite au lobbying de l’aviation légère pour laquelle elle engendrait des coûts non négligeables mais cette trêve touche à sa fin, les besoins restants très forts (fragmentation de l’espace, nouveaux aéroports, extension de l’utilisation des drones, etc…).

Pour ce qui est de la dénomination « canaux » (channel en Anglais), même si techniquement parlant, cela reste vrai, phraséologiquement, il a finalement été décidé d’omettre le terme canal peu de temps après la mise en place de ces fréquences, une fois cette nouveauté entrée dans les moeurs[2].

Deux choses:
1/ Si vous voulez distinguer une fréquence 8,33 d’une 25 kHz, retenez que si elle se termine (deux derniers digits) en 00, 25, 50 ou 75, il s’agit d’une fréquence classique (et d’une fréquence 8,33 sinon).
2/ Une circulaire relayant une réglementation européenne a été émise par la DGAC pour expliquer les modalités d’application et leurs échéances dans les espaces non concernés à ce jour par le 8,33. L’espace inférieur avait été exempté dans un premier temps pour préserver l’aviation légère mais, malgré les propos de certains, dès sa mise en place en supérieur, l’extension du 8,33 à tous les espaces était prévue[3].
  1. [1]La plage 30/300 MHz correspond à l’intégralité de la plage VHF. Le contrôle aérien n’en utilise qu’une petite partie. Les autres utilisateurs sont, par exemple, les radios FM, les modélistes, etc…
  2. [2]Initialement, un contrôleur disait : contactez Marseille sur le canal 133,330. Aujourd’hui, il omet tout simplement le mot « canal » .
  3. [3]Une pub réalisée par Eurocontrol à l’époque était sans équivoque même si aucune date n’était avancée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *